Interview avec le nouvel Ambassadeur de France en Afrique du Sud

Arrivé dans le pays en Janvier 2017, le nouvel Ambassadeur de France en Afrique du Sud, M. Christophe Farnaud, a présenté ses lettres de créance au président Jacob Zuma, mardi 24 janvier, à Pretoria. Dans cet interview, l’Ambassadeur parle de ses attentes, ses impressions de l’Afrique du Sud, les enjeux à venir, notamment économiques, les relations entre la France et l’Afrique du Sud et s’adresse à la communauté française.

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Vous avez occupé des postes de diplomate ou d’Ambassadeur dans d’autres pays, c’est la première fois en Afrique subsaharienne, quelles sont vos attentes ?

L’Afrique du Sud est un pays majeur, qui compte à l’échelle régionale, continentale et internationale. Pour la France, c’est un partenaire stratégique avec qui les échanges sont nombreux dans tous les domaines : politique, on l’a vu notamment avec l’excellente coopération de nos deux pays sur le changement climatique ; mais aussi économique et culturel. C’est ce partenariat que je souhaite porter plus loin et approfondir.

A titre plus personnel, après avoir été en poste en Egypte, en Jordanie et en Grèce, je quitte la Mer Méditerranée pour l’Afrique subsaharienne, que j’ai un peu connue comme diplomate lors de mes différentes missions, mais que j’ai aussi parcourue ces dernières années grâce à mon expérience dans le secteur privé. C’est une nouvelle étape que je trouve passionnante car l’Afrique est un continent en mouvement où beaucoup de choses se jouent en ce moment, avec un impact direct sur l’Europe et la France.

Quelles sont vos impressions de l’Afrique du Sud depuis votre arrivée ?

C’est un pays passionnant à tous points de vue : par son ampleur et sa diversité géographiques, par son histoire, par sa diversité humaine aussi. Je suis impressionné non seulement par les échanges économiques, mais aussi par toutes nos coopérations, y compris, par exemple, dans les domaines universitaire et scientifique.

L’Afrique du Sud, de plus, est dans un moment important de son histoire. Elle va devoir relever beaucoup de défis dans les prochaines années : la société est en pleine transformation, la démocratie est jeune, l’économie du pays a des faiblesses mais elle bénéficie de fondamentaux solides. C’est un pays en constante ébullition. Cette énergie immense est palpable dès l’atterrissage à O.R. Tambo. Tous mes premiers échanges ont été excellents, avec les diplomates, les hommes et les femmes d’affaires, avec les artistes… Que demander de plus ?

Sur le plan économique, quels sont les enjeux, les priorités et les chantiers de l’ambassade dans les mois à venir ?

En matière économique, ma priorité est le soutien aux entreprises françaises dans une logique de partenariat. Elles sont d’ailleurs déjà nombreuses dans le pays (plus de 360) où elles emploient 37000 personnes. Mais nous voulons aller plus loin. Cela passe par des actions ponctuelles en cas de besoin d’appui, par une analyse régulière de la situation économique et financière du pays partagée avec les entreprises, mais aussi par une action stratégique pour renforcer la coopération entre les administrations des deux pays, faciliter les échanges commerciaux entre l’Afrique du Sud et la France, avec une dimension européenne également. Certains secteurs, comme l’énergie, font l’objet d’une attention particulière qu’il s’agisse de nucléaire ou d’énergies renouvelables. Je pourrais en citer beaucoup d’autres, comme le transport, le service aux entreprises, la construction… Les services de l’ambassade, mais aussi nos opérateurs comme l’AFD ou Business France, sont tous mobilisés. On pourrait aussi parler des structures ou initiatives privées, comme la chambre de commerce franco-sud-africaine ou la grande réussite du French Tech Hub du Cap, le seul d’Afrique avec Abidjan, et qui souligne l’importance de l’innovation pour les deux pays.

Toutes ces actions sont complétées par l’impulsion que donnent les échanges à haut niveau entre nos deux pays. En 2016, l’agenda a été particulièrement dynamique avec la visite d’Etat du président Zuma en juillet, et la venue de Matthias Fekl, Secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur, de la promotion du Tourisme et des Français de l’étranger, en novembre dernier. Avec la prochaine visite de notre Ministre de l’Economie et des Finances, Michel Sapin, les 2 et 3 février, l’année 2017 s’annonce également riche et j’œuvrerai pour que ces rencontres demeurent intenses les prochains mois.

Enfin, nous essaierons également d’attirer plus d’investisseurs sud-africains en France.

Et en ce qui concerne la coopération ?

Elle est d’une richesse que les Français ignorent parfois : de l’enseignement supérieur à la santé, de l’archéologie à l’océanographie, de l’agriculture à l’hydrologie. C’est un atout essentiel pour positionner la France comme un partenaire crédible de la transformation du pays et pour renforcer nos relations dans un esprit de confiance. L’Afrique du Sud est elle-même riche en compétences, ce qui facilite les échanges.

Cela dit, la France n’accueille pas encore assez d’étudiants sud-africains. Nous devons faire plus dans ce domaine. Avec notre dispositif de coopération, j’aimerais aussi faire évoluer l’image de la France, montrer que nous sommes une nation en pointe, dans le monde, sur l’innovation et les technologies. Le potentiel sud-africain dans ces domaines est très frappant. Notre coopération est d’ailleurs aussi un atout pour notre diplomatie économique.

Quels sont les grands enjeux de manière plus générale en Afrique du Sud et vos objectifs pour les prochaines années ?

Pour cette grande démocratie qu’est l’Afrique du Sud elle-même, il s’agit de poursuivre le processus de transformation lancé il y a plus de vingt ans, et qui lui permettra de libérer les énergies nécessaires à la stabilité et à la croissance, dans un processus bénéfique à tous.

C’est dans ce contexte que nous allons chercher à approfondir nos liens avec l’Afrique du Sud. Ils existent déjà mais il faut mieux les connaître et les renforcer, dans une logique de partenariat d’égal à égal. Une dimension essentielle est celle des relations entre les peuples : la diplomatie culturelle au sens large en rend beaucoup compte. Par exemple, Johannesburg a été l’une des villes qui ont participé à notre « Nuit des Idées. »

Et je crois que nous avons trouvé un terrain d’entente sur lequel bâtir notre relation de « peuple à peuple » : le sport ! L’Afrique du Sud est une nation sportive, qui a déjà organisé de grands événements dans ce domaine. Nous venons d’organiser l’Euro, et le soutien à la candidature de Paris pour les JO 2024 est l’un des objectifs à court terme de notre diplomatie. Je pense que le sport sera un bon moyen de réunir nos deux peuples, et de venir à bout des vieux clichés. Le passage de l’équipe de France de rugby, en juin prochain, devrait être un grand moment !

Un mot pour la communauté française en Afrique du Sud ?

Elle est aussi très dynamique, diverse et en plein développement, ce dont je me réjouis. J’ai déjà eu l’opportunité de rencontrer une partie de la communauté française du Gauteng, et rencontrerai celle du Cap dans les prochaines semaines. Ces Français dynamiques et engagés contribuent tous activement au rayonnement de la France et à l’affermissement des liens entre l’Afrique du Sud et notre pays : ce sont tous des ambassadeurs à leur façon. Qu’ils n’hésitent pas à frapper à ma porte, je leur ouvrirai avec plaisir.

Source : http://www.lepetitjournal.com/johannesbourg/communaute/269766-ambassadeur

publié le 08/02/2017

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